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La petite phrase de Benoît XVI, lâchée en plein ciel , provoque un tollé en France. "On ne peut pas régler le drame du sida avec la distribution de préservatifs, qui au contraire augmentent le problème", a estimé mardi le pape dans l'avion qui l'emmenait au Cameroun. Mercredi matin, le ministère des Affaires étrangères a sèchement réagi, exprimant sa "très vive inquiétude devant les conséquences de ces propos". Éric Chevallier, porte-parole du Quai d'Orsay, qui s'est refusé à porter un jugement sur la doctrine de l'Église, juge que de tels propos mettent "en danger les politiques de santé publique et les impératifs de protection de la vie humaine." Une prise de position peu diplomatique envers le Saint-Père, également chef d'État du Vatican. Pour sa part, la secrétaire d'État aux droits de l'homme s'est dite "ahurie". "Ces propos semblent régressifs (...) ils remettent en cause l'esprit et la pratique d'un combat de plusieurs décennies (...)", a estimé Rama Yade. "Quand on voit les ravages de la maladie, en Afrique notamment, on doit traiter le problème (...) : oui, naturellement, oui, absolument, au préservatif, car il préserve la vie", a lancé la secrétaire d'État d'origine sénégalaise.
Même indignation dans la grande majorité de la classe politique française. Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, avoue être "tombé des nues" en entendant le pape Benoît XVI. "On a besoin de se protéger et on a besoin aujourd'hui de messages de prévention. Le préservatif est le meilleur moyen de se protéger du Sida et pas seulement en Afrique", a déclaré celui qui fut l'initiateur, au ministère de la Santé, du préservatif à 20 centimes d'euros. De son côté, l'ancien Premier ministre Alain Juppé (1995-1997), qui revendique son "attachement aux valeurs chrétiennes", a estimé que "ce pape commence à poser un vrai problème." Pour le maire de Bordeaux, "aller dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du sida, c'est une contre-vérité et c'est inacceptable". "Faudrait-il rappeler au pape que le seul vaccin disponible reste aujourd'hui le préservatif ?", interroge pour sa part Jean-Luc Romero, conseiller régional DVD d'Île-de-France, et président de l'association Élus locaux contre le Sida.
"La responsabilité de tout chef religieux, défendre le principe de vie" (Royal)
De l'autre côté de l'échiquier, la députée communiste de Seine-Saint-Denis Marie-George Buffet a condamné des paroles qu'elle qualifie d'irresponsables et de criminelles. "D'ici 2010, le Sida aura tué 30 millions de personnes", a rappelé celle qui préside le groupe d'études Sida à l'Assemblée nationale. Daniel Cohn-Bendit a lui aussi laissé s'exprimer sa colère. "Il y en a assez maintenant de ce pape", fustige l'ancien leader des événements de Mai 1968. "Est-ce que les papes savent ce que c'est, un préservatif ?" Une question que se sont également posée les associations de lutte contre le Sida. "Le Pape qui parle du préservatif, c'est comme si je parlais de l'immaculée conception", a ainsi ironisé Bernard Audoin, directeur général de l'association Sidaction, qui s'est dit "triste" face à une "déclaration pareille".
Dans les rangs du PS, Ségolène Royal a affirmé être "profondément choquée" par les propos du pape Benoît XVI contre le préservatif, estimant que "la responsabilité de tout chef religieux" c'est "de défendre le principe de vie et certainement pas d'engager les êtres humains vers la mort". Au centre mais sur la même ligne, le président du MoDem François Bayrou, catholique pratiquant, a jugé "irrecevables" les propos du pape Benoît XVI sur l'usage du préservatif, soulignant que "la première responsabilité", en particulier des chrétiens, "c'est la défense de la vie". "On est là sur un continent dans lequel il y a des dizaines de millions de femmes et d'hommes qui sont atteints par la mort", a-t-il lâché.
"N'attendez pas du pape qu'il dise qu'il faut mettre le préservatif" (Boutin)
Même au sein de l'Église de France, des dissonances se font entendre, après les déclarations du Saint-Père. "C'est vrai que cette phrase paraît brutale et semble ne pas tenir compte de la réalité de ce qui se vit en Afrique", concède l'évêque de Gap, Mgr Di Falco, qui tente de disculper le pape, selon lui voué à "exprimer l'idéal". "Sur le terrain, si votre mode de vie vous met en danger et met en danger vos partenaires, utilisez le préservatif", insiste l'homme d'Église. Des critiques qui n'atteignent visiblement pas le Vatican, lequel coupe court à toute polémique. "Il ne faut pas attendre de ce voyage un changement de position de l'Église catholique envers le problème du Sida", estime depuis Yaoundé le porte-parole du Saint-Siège Federico Lombardi. Pour lui, l'Église estime que "développer une idéologie de confiance dans le préservatif n'est pas une position correcte" car cela ne met pas l'accent sur "le sens des responsabilités".
En France, la seule voix discordante dans ce concert de critiques est celle de la ministre du Logement Christine Boutin. Catholique pratiquante, fervente opposante à l'avortement, à la pilule du lendemain et au mariage homosexuel, elle juge qu'en matière de préservatif, "chacun fait comme il peut et comme il veut". Elle juge aussi "pas drôle de mettre le préservatif quand on fait l'amour". Et de lancer : "N'attendez pas du pape qu'il dise qu'il faut mettre le préservatif."
Voici l'essentiel de la déclaration controversée du pape, rapportée mercredi par le Corriere della Sera , et traduite par lepoint.fr :
"Je pense que ce qui est plus efficace, plus présent et plus fort dans la lutte contre le sida, c'est justement l'Église catholique, avec ses structures, ses mouvements et ses communautés (...) On ne peut pas régler le problème du sida seulement avec de l'argent (...) Et on ne peut pas régler ce drame avec la distribution de préservatifs, qui au contraire augmentent le problème. La solution peut être double, l'humanisation de la sexualité et une vraie amitié envers les personnes qui souffrent. "
source
http://www.lepoint.fr/actualites-societe/sida-les-declarations-de-benoit-xvi-provoquent-l-indignation-en/920/0/326734Quel est votre avis sur ce sujet ? Je vous dirais le mien plus tard, car je ne voudrais pas influencer vos réponses
